Lorsque l’inviolabilité d’un hôpital est bafouée, les valeurs humaines perdent tout leur sens et toute leur légitimité
Amel Association International considère que la destruction de l’hôpital Ghandour, situé à Nabatiyé el-Faouqa, par des frappes israéliennes ne constitue qu’un nouvel épisode dans la série d’attaques israéliennes continues et délibérées visant les civils, les établissements de santé et les services essentiels au Liban. Ces attaques s’inscrivent dans une stratégie d’intimidation et de déplacement forcé, ainsi que d’affaiblissement des capacités de résilience et de maintien des populations sur leurs terres, notamment dans le sud du Liban.
Le ministère de la Santé publique a annoncé que l’hôpital avait été entièrement détruit. Depuis le 2 mars 2026, 17 hôpitaux ont été endommagés, tandis que trois établissements hospitaliers du sud du Liban ont été mis hors service à la suite des attaques.
Le communiqué indique :
« Prendre un hôpital pour cible ne signifie pas simplement détruire un bâtiment. Il s’agit d’une atteinte au droit humain à la vie et au lieu vers lequel se tourne le blessé dans l’espoir de survivre, le malade pour recevoir des soins et la mère pour mettre son enfant à l’abri. Lorsque les hôpitaux deviennent eux-mêmes des cibles de guerre, la question dépasse le Liban et transcende toutes les frontières : quel espace reste-t-il à l’humanité lorsque même les lieux censés protéger la vie humaine ne sont plus sûrs ?
De Gaza au Liban, les professionnels de la santé et les travailleurs humanitaires ont payé un lourd tribut à ces guerres. Au Liban seulement, les données du ministère de la Santé publique font état, depuis le 2 mars 2026, de 179 attaques contre les structures de soins et de 135 attaques contre leur personnel. Le nombre de professionnels de santé tués s’élève à 410, auquel s’ajoutent 263 blessés. Il ne s’agit pas de simples chiffres : derrière chacun d’eux se trouve un médecin, un infirmier, un secouriste ou un professionnel de santé qui a choisi de rester aux côtés de la population dans les moments les plus dangereux. »
Le communiqué ajoute :
« Ce qui se déroule au Liban ne peut être dissocié du contexte régional plus large ni des attaques répétées contre le système sanitaire et humanitaire à Gaza, où les professionnels de la santé et les travailleurs humanitaires ont payé un prix sans précédent alors qu’ils accomplissaient leur devoir auprès des civils. Le monde n’a-t-il pas déjà perdu suffisamment de médecins, d’infirmiers, de secouristes et de travailleurs humanitaires ? Combien d’autres hôpitaux devront-ils encore être détruits avant que la défense de l’inviolabilité des établissements de santé ne devienne une position internationale ferme et non négociable ?
Amel Association International estime que le danger ne se limite plus aujourd’hui à l’ampleur des destructions et au nombre des victimes, aussi effroyables soient-ils. Il s’étend désormais à la remise en cause des règles mêmes que l’humanité a établies afin de limiter la brutalité des guerres. Le droit international humanitaire n’a pas été créé pour être invoqué de manière sélective. La protection des établissements médicaux et du personnel de santé n’est ni une position politique ni un privilège qu’une puissance militaire pourrait accorder ou retirer : elle constitue une règle fondamentale de la protection des civils pendant les conflits armés. »
Le communiqué poursuit :
« Amel Association International avertit que la persistance de l’impunité et le silence international face aux attaques visant les infrastructures civiles et sanitaires risquent de transformer l’exception en règle. Un monde qui accepte aujourd’hui qu’un hôpital soit violé ici ou qu’une école soit prise pour cible ailleurs pourrait se réveiller demain dans une réalité où aucun hôpital, aucune école, aucune ambulance et aucun travailleur humanitaire ne bénéficierait plus d’une protection effective, quel que soit le conflit ou le lieu.
Ce qui est aujourd’hui compromis à Gaza et au Liban, ce n’est pas seulement la sécurité de leurs populations, mais également la crédibilité de tout un système international censé avoir été instauré pour protéger l’être humain et empêcher que la force ne devienne l’unique loi. »
L’Association souligne que la protection du droit international ne relève pas de la responsabilité des victimes, mais de celle de l’ensemble de la communauté internationale. Amel Association International appelle donc les Nations unies, les États influents, les organisations internationales ainsi que les instances de défense des droits humains, médicales et humanitaires à dépasser les simples déclarations de préoccupation et de condamnation, et à engager une action sérieuse et immédiate afin d’imposer le respect du droit international humanitaire, de protéger les civils, les établissements de santé et leur personnel, et de garantir que les violations fassent l’objet d’enquêtes et que leurs responsables rendent des comptes.
L’Association appelle également à l’adoption d’une position nationale libanaise unifiée en faveur de la protection des secteurs sanitaire et humanitaire, au-delà des divisions politiques. La protection des hôpitaux, des centres de santé, des ambulances ainsi que du personnel sanitaire et humanitaire doit être placée au premier rang des priorités nationales et diplomatiques. Le droit des Libanais aux soins, à la vie et à la sécurité n’est pas la cause d’une catégorie de la population ou d’une région particulière : il concerne la nation tout entière.
Amel Association International, qui a fait du droit à la santé et de la préservation de la dignité humaine deux piliers essentiels de sa mission depuis sa création en 1979, affirme qu’elle continuera à assumer ses responsabilités sanitaires et humanitaires. Elle ne renoncera pas à se tenir aux côtés de la population dans le sud du Liban et dans l’ensemble du pays, quelles que soient les difficultés.
L’Association exprime également sa pleine solidarité avec tous les professionnels de la santé et les travailleurs humanitaires, ainsi qu’avec les institutions médicales qui poursuivent leur mission malgré les dangers auxquels elles sont exposées. Elle rend hommage à celles et ceux qui ont perdu la vie dans l’accomplissement de leur devoir humanitaire.
Le communiqué conclut :
« Le silence ne protège pas le droit, et une condamnation dépourvue de mécanismes de reddition de comptes ne met pas fin aux attaques : elle encourage l’agresseur et affaiblit le droit international. Ce dont le Liban et Gaza ont besoin aujourd’hui, ce ne sont pas de nouvelles expressions de regret, mais d’une volonté internationale capable de rendre au droit sa signification et à l’être humain sa protection.
Lorsque l’inviolabilité d’un hôpital est bafouée, ce n’est pas seulement un mur qui s’effondre : ce sont les fondements mêmes d’un monde civilisé et humain qui s’écroulent avec lui, et les valeurs humaines que nous défendons perdent alors tout sens et toute légitimité. »