Le 22 septembre 2024, Hassan est né dans les couloirs de l’hôpital Jabal Amel à Tyr, au sud du Liban. C’est là qu’il a poussé ses premiers souffles aux côtés de sa mère, Maryamou Mbalmayo, une travailleuse domestique camerounaise venue au Liban dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais quelques minutes seulement après sa naissance, une puissante explosion a secoué les environs de l’hôpital. Sous l’effet d’un traumatisme psychologique, Mbalmayo a paniqué et s’est enfuie, terrifiée, abandonnant son nouveau-né avant même de l’avoir pris dans ses bras.
Pendant huit mois, le personnel médical de l’hôpital a pris l’initiative de s’occuper de l’enfant. Ils l’ont appelé Hassan et l’ont traité comme l’un des leurs, lui offrant amour et soins sans rien attendre en retour. L’histoire de cet enfant a marqué le personnel hospitalier, tandis que sa mère restait perdue dans un état de choc et de confusion.
De Bourj Hammoud au Sud : à la recherche d’un fils disparu

Six mois plus tard, Mbalmayo a trouvé refuge au centre Amel de Bourj Hammoud, où une amie a partagé son histoire avec l’équipe du centre. L’équipe a immédiatement pris contact avec elle et a découvert qu’elle souffrait d’un trouble psychologique sévère, qui l’empêchait de comprendre ce qui s’était passé ou même de parler — conséquence de l’explosion et du traumatisme lié à la perte de son fils. L’équipe médicale et psychologique de l’Association Amel a entamé une série de séances de soutien et de traitement qui l’ont progressivement aidée à retrouver son équilibre émotionnel. Puis, l’association a reçu un appel d’une autre travailleuse camerounaise signalant que l’enfant se trouvait à l’hôpital Jabal Amel. Un test ADN a confirmé son identité.
Lorsque les retrouvailles tant attendues ont enfin eu lieu, l’hôpital s’est rempli de larmes et de joie, alors que Mbalmayo tenait son enfant dans ses bras pour la première fois après des mois de séparation.
Le soutien psychologique… une porte vers la guérison
Gratitude à ceux qui ont rendu ce miracle possible
À l’Association Amel, nous exprimons notre profonde gratitude à l’hôpital — en particulier à M. Walid Mrouh et à l’ensemble du personnel médical — qui a accueilli le petit Hassan et lui a offert pendant huit mois des soins médicaux, de l’amour et de l’attention, sans frais pour la mère. Nous remercions également sincèrement le Dr Mustafa Rizk, chef du département des cliniques ; le Dr Nasser Al-Masri, chef du service de maternité ; ainsi que tous les médecins, infirmières, infirmiers et personnel administratif pour leurs efforts précieux et leur accompagnement humain tout au long de cette période. Merci aussi à Caritas pour avoir assuré un abri temporaire jusqu’à la finalisation des démarches de voyage, et une mention spéciale à M. Hadi Makna pour son soutien indéfectible et son suivi constant.
Quant à nous, à l’Association Amel, nous avons fait ce que nous pouvions, par humanité, pour réunir cette famille et lui fournir les soins médicaux et psychologiques nécessaires, y compris en prenant en charge les billets de retour au Cameroun. Cette collaboration humanitaire est un modèle de solidarité et de générosité, prouvant que la compassion transcende toujours les frontières et les nationalités.

D’un cas humanitaire à une question de droits humains
Aujourd’hui, Mbalmayo et ses deux enfants sont en sécurité au Cameroun, après avoir reconstruit une famille que le traumatisme avait brisée et que la compassion a réunie. Leur histoire nous rappelle que le travail humanitaire n’est pas le fruit du hasard, mais un choix quotidien de défendre la dignité et la justice pour tous, peu importe le lieu ou la nationalité.
Le travail ne s’est pas arrêté là. L’Association Amel a poursuivi les séances de soutien psychologique intensif dans son centre de Baajour, sous la supervision de spécialistes qui l’ont aidée à surmonter son traumatisme et à retrouver sa capacité à parler et à communiquer, après avoir souffert d’une inflammation aiguë des gencives et d’un long silence provoqué par une douleur intérieure profonde. Peu à peu, elle a retrouvé son équilibre et commencé à raconter son expérience, affirmant qu’elle n’avait jamais eu l’intention d’abandonner son enfant mais qu’elle avait fui sous l’effet de la peur et de la panique.
Avec le soutien juridique et social du centre de l’Association Amel, les démarches nécessaires ont été complétées auprès de la Sûreté générale pour faciliter son retour au Cameroun avec ses enfants.

D’un cas individuel à une problématique nationale
L’histoire de Mbalmayo n’est pas seulement une tragédie personnelle ; elle reflète une réalité structurelle imposée par le système de kafala au Liban, qui laisse les travailleurs migrants à la merci de leurs employeurs en l’absence de protection juridique équitable et complète. C’est pourquoi l’Association Amel mène, depuis des années, des campagnes de plaidoyer pour l’abolition de ce système injuste et son remplacement par un cadre juridique moderne, conforme aux engagements internationaux du Liban, garantissant les droits humains de tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité ou leur statut légal.
L’histoire de Mbalmayo et Hassan n’est pas simplement celle d’une mère et de son enfant — c’est le reflet du combat humanitaire mené par l’Association Amel pour abolir le système de kafala, qui perpétue des formes contemporaines d’esclavage. À travers ses programmes spécialisés pour les travailleurs migrants, Amel poursuit ses efforts pour instaurer un nouveau contrat de travail unifié et milite pour des lois qui protègent la dignité de tous les travailleurs, les prémunissent contre l’exploitation et la traite des êtres humains, et contribuent à construire une société plus juste et humaine.

Vers un contrat de travail unifié et la fin de l’esclavage moderne
L’Association Amel considère que l’adoption du nouveau contrat de travail unifié est une première étape sur la voie de la réforme, mais elle demeure insuffisante sans l’accompagnement de lois modernes mettant fin aux formes d’exploitation et de traite consacrées par le système de kafala. C’est pourquoi l’association poursuit ses efforts, avec ses partenaires locaux et internationaux, pour défendre les droits des travailleurs migrants à travers des formations, des campagnes de sensibilisation, la fourniture de protections juridiques, psychologiques et sociales, ainsi que des politiques respectueuses de la dignité humaine.
Aujourd’hui, Mbalmayo est de retour au Cameroun, son enfant dans les bras, après un long voyage de souffrance et d’espoir. Son histoire nous rappelle que le combat pour la justice ne s’achève pas avec le sauvetage d’un individu — il commence là, en redonnant à un être humain sa juste place dans le monde : auprès de ceux qui l’aiment et le méritent.

