L’Association Amel appelle à une réforme urgente de la gestion du déplacement au Liban et demande une réponse humanitaire juste et transparente

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Douze jours après l’extension de l’agression israélienne contre le Liban et la vague de déplacement massif qui en a résulté dans plusieurs régions du pays, l’Association Amel Internationale a déclaré que la situation humanitaire révèle un tableau complexe mêlant une large solidarité communautaire d’une part et des insuffisances institutionnelles importantes dans la gestion officielle de la réponse d’autre part.

Si les initiatives humanitaires locales et internationales ont contribué à atténuer les souffrances des populations déplacées, les défis liés à la gestion officielle du dossier du déplacement sont devenus de plus en plus visibles, ce qui exige une révision sérieuse et transparente des politiques et mécanismes actuellement en place.

L’Association Amel estime que la crise actuelle a mis en évidence plusieurs dysfonctionnements structurels dans la gestion de la réponse humanitaire, notamment la faiblesse de la coordination entre les autorités publiques, le chevauchement des compétences entre les ministères concernés et la lenteur des procédures administratives qui retardent l’acheminement de l’aide vers les populations les plus vulnérables. L’Association observe également que certaines décisions administratives relatives à la gestion des centres d’hébergement et à la distribution de l’aide ont suscité des interrogations parmi les acteurs humanitaires quant au respect des principes de transparence et d’efficacité.

Dans ce contexte, l’Association Amel a souligné que la critique constructive constitue un élément essentiel pour protéger l’action humanitaire et garantir son efficacité. L’objectif de ces observations n’est pas d’attribuer des responsabilités, mais d’encourager l’amélioration de la réponse nationale à la crise afin de préserver la dignité des personnes déplacées et de renforcer la confiance entre les communautés et les institutions publiques.

L’Association a également signalé plusieurs indicateurs de terrain révélant des dysfonctionnements dans la gestion du déplacement, notamment la controverse suscitée par la demande de financement visant à recruter des centaines de travailleurs sociaux pour gérer les centres d’hébergement, alors qu’un réseau de travailleurs sociaux existe déjà au sein du ministère des Affaires sociales. De plus, le chevauchement des compétences entre les ministères impliqués dans la gestion des centres aurait dû être clarifié à l’avance dans le cadre d’un plan d’urgence global avant le déclenchement de la crise.

Amel a également relevé que les mécanismes actuels de coordination entre l’État et les organisations humanitaires peuvent parfois ralentir l’acheminement de l’aide en raison du grand nombre de procédures nécessaires avant la distribution. Une réponse humanitaire efficace nécessite de permettre aux acteurs de terrain d’agir rapidement et avec souplesse en fonction des besoins humanitaires, tout en maintenant une coordination institutionnelle et un contrôle appropriés.

L’Association a par ailleurs exprimé son inquiétude face à l’absence d’informations régulières et détaillées concernant le volume et la nature de l’aide fournie aux populations déplacées dans les rapports officiels quotidiens. Ce manque de transparence limite la capacité de la société civile et des instances de contrôle à suivre la distribution des ressources et à en évaluer l’équité et l’efficacité. La transparence dans la publication des données relatives à l’aide humanitaire constitue une condition essentielle pour renforcer la confiance du public et prévenir la propagation de rumeurs ou de soupçons concernant la gestion des ressources.

Les informations disponibles indiquent également l’existence de schémas récurrents révélant des défis structurels dans la gestion des crises au Liban, notamment la faiblesse des capacités institutionnelles de certaines entités publiques, l’absence de coordination régulière entre les ministères, les municipalités et les organisations humanitaires, ainsi que des préoccupations concernant l’équité dans la distribution de l’aide et le risque d’influences politiques ou locales. De plus, la faiblesse des mécanismes de plainte et des systèmes de reddition de comptes renforce le sentiment de méfiance parmi les communautés affectées.

Les données disponibles montrent également l’existence de lacunes politiques et de défis systémiques persistants. L’absence de protocoles préétablis entre les principales institutions impliquées dans la gestion des crises, notamment le Haut Comité de secours, l’Unité de gestion des catastrophes et les ministères de l’Éducation et des Affaires sociales, entraîne un chevauchement des responsabilités et une confusion dans la prise de décision. Plus largement, les ressources humaines limitées, les contraintes logistiques et l’insuffisance des infrastructures de stockage ont affaibli la capacité du système à faire face aux crises. La forte dépendance à l’égard du soutien logistique international souligne également la capacité limitée du Liban à maintenir des réponses nationales autonomes.

Face à cette situation, l’Association Amel a appelé à l’adoption urgente de réformes visant à renforcer les capacités institutionnelles, clarifier les responsabilités et réduire la dépendance aux acteurs extérieurs, afin d’améliorer l’efficacité et la durabilité de la réponse humanitaire au Liban.

Amel.org
Amel.orghttps://amel.org/
Amel Association International is a social movement for reform, human dignity, access to fundamental human rights, and social justice. Established in 1979 and recognized as a public utility by presidential decree 5832 in 1994, this Lebanese non-sectarian NGO is present in 10 countries.

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