Mohanna à la conférence de Marrakech : pas d’appartenance sans justice, citoyenneté et protection sociale

Share

 

Le président de l’Association Amel International appelle à reconstruire les liens sociaux au Liban et à soutenir les droits du peuple palestinien

Le Dr Kamel Mohanna, président de l’Association Amel International et coordinateur général du Collectif des organisations bénévoles libanaises et arabes, a participé au colloque international organisé par le Conseil international d’action sociale (ICSW) à Marrakech, au Maroc, du 22 au 24 octobre 2026, sur le thème « De l’exclusion à l’appartenance : renforcer les pratiques inclusives pour consolider les liens sociaux ».

Le colloque a réuni des représentants et des experts de pays arabes, européens et asiatiques afin d’échanger leurs expériences en matière de lutte contre la marginalisation et l’isolement social, de promotion de la citoyenneté et de la dignité humaine, et d’élaboration de politiques et de pratiques répondant aux besoins des groupes les plus exposés à l’exclusion.

Mohanna a présenté une intervention intitulée « De l’exclusion à la citoyenneté : la personne comme partenaire dans la construction de la protection sociale », dans laquelle il a exposé l’expérience de l’Association Amel International en matière de services de santé et de services sociaux conçus comme des espaces de dignité, de participation et d’appartenance.

Mohanna a déclaré : « L’exclusion ne commence pas toujours par une porte qui se ferme devant une personne ; elle peut commencer par un lit d’hôpital dont elle ne peut payer les frais, un médicament qu’elle ne peut acheter, ou le sentiment d’être invisible dans la société où elle vit. »

Il a souligné que la lutte contre l’exclusion exige de passer d’une approche fondée sur la charité à une approche fondée sur les droits, qui reconnaît la personne comme partenaire dans la définition des priorités et l’élaboration des solutions. Il a ajouté : « La société la plus forte n’est pas celle qui compte le plus grand nombre de bénéficiaires, mais celle qui compte le plus grand nombre d’acteurs capables de participer à l’élaboration des solutions. »

Liban : la reconstruction commence par l’être humain

Mohanna a présenté les conséquences humanitaires et sociales de la guerre, des attaques israéliennes, des déplacements de population et de la destruction des villages, des habitations et des moyens de subsistance, dans un pays dont les crises économiques et sociales avaient déjà affaibli la capacité de nombreux habitants à exercer leurs droits fondamentaux.

Il a affirmé que la reconstruction du Liban, en particulier du Sud et des régions touchées, ne saurait se réduire à la reconstruction des bâtiments : elle doit aussi permettre aux populations de retrouver leurs droits, leur sécurité et leur dignité, de retisser les liens sociaux et de garantir le droit des habitants à retourner sur leurs terres et à y rester.

Il a averti que tout discours sur la cohésion sociale reste incomplet s’il ignore les effets des guerres, de l’occupation et des déplacements forcés sur la désagrégation des sociétés et l’exclusion des personnes. Il a appelé au respect du droit international et à la protection des civils, ainsi qu’à une prise de responsabilités de la communauté internationale face aux attaques et aux violations, sans pratiquer le deux poids, deux mesures.

Mohanna a retracé l’expérience de l’Association Amel International qui, depuis 1979, crée des centres de santé et des centres sociaux accueillant les personnes sur un pied d’égalité, au-delà des clivages confessionnels, sociaux et régionaux.

Il a déclaré : « L’appartenance ne s’impose pas aux personnes par un discours ; elle se construit avec elles dans la pratique », réaffirmant les principes qui fondent l’expérience de l’association : « La solidarité, non la pitié ; les droits, non les privilèges ; des partenaires, non des tuteurs. »

La « Déclaration de Marrakech » : l’appartenance et la protection sociale au cœur des politiques publiques

Le colloque s’est conclu par l’adoption de la « Déclaration de Marrakech », qui appelle à traiter l’isolement social et l’exclusion comme des enjeux centraux des politiques publiques, et à élaborer des stratégies nationales et locales renforçant la cohésion sociale et garantissant un accès équitable à la santé, à l’éducation, au logement et à la protection sociale.

La déclaration souligne également la nécessité d’associer les communautés locales et les personnes touchées par la marginalisation aux décisions, et de renforcer les partenariats entre les gouvernements, la société civile, les universités et les institutions œuvrant au développement social.

Ces orientations rejoignent les propositions de Mohanna sur la nécessité de développer l’aide et les services dans le cadre de politiques qui s’attaquent aux causes de la marginalisation et permettent aux personnes de participer aux décisions qui influent sur leur vie.

Mohanna a conclu son intervention en déclarant : « Le passage de l’exclusion à l’appartenance n’est pas seulement un projet visant à intégrer celles et ceux que la société a laissés à sa marge ; c’est un projet de reconstruction de la société elle-même, de façon à ce qu’elle ne produise plus de marginalisation dès le départ. » Il a ajouté que la responsabilité des institutions et des États consiste à protéger la personne lorsqu’elle subit un préjudice, mais aussi à construire un monde moins susceptible de la faire chuter.

Une solidarité par-delà les frontières pour la Palestine et le Liban

En marge du colloque, Mohanna a rencontré plusieurs défenseurs des droits humains et acteurs de la société civile de différents pays, avec lesquels il a discuté des moyens de renforcer la solidarité et la coopération pour défendre la liberté, la justice et la dignité humaine.

Il a insisté sur la nécessité d’unir les efforts des forces engagées en faveur des droits humains, de l’action humanitaire et du progrès social pour soutenir les causes des peuples, au premier rang desquelles la cause palestinienne, et pour faire face au deux poids, deux mesures ainsi qu’au recul du respect du droit international.

Il a affirmé que ce que subit le peuple palestinien, notamment à Gaza, ainsi que les attaques israéliennes contre le Liban, exigent une réponse humanitaire et une position internationale plaçant les droits, la justice et l’obligation de rendre des comptes au cœur des priorités.

Mohanna a déclaré : « La véritable solidarité entre les peuples ne se mesure pas à l’ampleur de la compassion suscitée par leurs tragédies, mais à la capacité d’unir les efforts pour combattre les causes de l’injustice, du déracinement et de l’exclusion », appelant à renforcer la coopération entre les institutions et les mouvements de défense des droits humains et d’action humanitaire pour défendre la Palestine, le Liban et les valeurs humaines communes.

Amel.org
Amel.orghttps://amel.org/
Amel Association International is a social movement for reform, human dignity, access to fundamental human rights, and social justice. Established in 1979 and recognized as a public utility by presidential decree 5832 in 1994, this Lebanese non-sectarian NGO is present in 10 countries.

Lire la suite

Découvrez plus d'histoires